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Mon expérience Ayahuasca

Mon expérience Ayahuasca

J’ai pris ma décision, je vais passer une semaine en pleine forêt Amazonienne dans un centre sérieux au Pérou, proposant des diètes à base de plantes de la Selva et incluant des cérémonies Ayahuasca…
C’est avec un peu d’appréhension que j’arrive donc au centre, après 30 mn de marche et 45 mn de barque car aucune route terrestre n’arrive jusqu’à ce coin paumé.

imageArrivée en barque

Par goût de l’expérience plus que par souhait de me guérir de quoi que ce soit, je réalise en arrivant que cette aventure sera un vrai challenge pour moi, ne m’y étant pas vraiment preparé, à peine arrivée je suis traitée par le personnel comme une patiente… On m’emmène à mon Tambo (que l’on pourrait définir comme un bungalow dans la nature, mais sans portes ni murs! Juste un petit lit surélevé avec une moustiquaire, un hamac sur le côté, une petite table en bois avec quelques bougies et un toit en chapeau pointu fait à base de feuilles de palmiers, ce sera mon chez-moi le temps d’une semaine…).

Mon TamboMon Tambo

Naïve, je demande où se trouve la salle de bains et Segundo, l’adorable intendant qui fait partie de “l’encadrement médical” me montre la rivière en contre bas:
-ici vous pourrez vous laver autant de fois que vous le souhaitez, mais attention, pas de savon ni shampoing ni dentifrice, cela pourrait vous donner des vertiges et des maux de tête avec la diète que vous prendrez… Pas de crèmes non plus, ni déodorants…
Gloups, d’accord… Un peu gênée je demande alors où sont les WC? Segundo fait alors quelques pas et me montre un peu plus loin un trou large comme un disque 33 tours et d’une quarantaine de centimètres de profondeur dans la terre… Il pointe le doigt et me dit avec un léger sourire:
- ici, nous vous donnerons du papier toilettes.
Et c’est comme ça que je réalise à cet instant ma folie de vouloir toujours expérimenter de nouvelles choses, je vais vivre rustique, c’est le moins qu’on puisse dire! Je commence à m’installer quand apparaît le chamane (que je nommerai W.) du centre, il tient à la main une grande bouteille d’environ 2 litres, remplie d’un drôle de liquide jaunâtre, et m’invite à m’assoir sur un tronc à côté de lui. D’emblée, il me demande:
- Alors, pourquoi es-tu venue ici, quel est ton problème? Quelles sont tes peurs et traumatismes sur lesquels tu veux travailler et guérir?
Un peu penaude, je tente une réponse objective:
- je suppose que j’ai des peurs comme tout le monde, mais dans l’ensemble je vais plutôt bien… En réalité je suis surtout venue pour explorer mon monde intérieur, et voir ce que la mère nature, la “pacha mama” souhaite me montrer, entrer en communion avec elle.
Il m’écoute attentivement, j’enchaîne:
- j’ai envie de mieux connaître les plantes, leurs secrets, et faire l’expérience d’une diète en Amazonie.
Il a l’air d’apprécier ma réponse et me montre alors la bouteille qu’il m’a apporté, il me dit:
- Señorita Bénédicte, cette semaine tu vas diéter avec l’Ajo Sacha, voici ton verre et tu dois le remplir entièrement et le boire 3 fois par jour, une heure avant chaque repas. Tu commences ce soir bien qu’aujourd’hui il n’y aura pas de dîner.
Devant mon air surpris il termine avec un petit sourire malin:
- car ce soir, il y aura une cérémonie Ayahuasca et tu y es conviée! Allez, je te laisse méditer là-dessus et on se retrouve tous à la Maloka ( temple pour la cérémonie) à 19h.
Et sur ces mots, il file sans me laisser le temps de me remettre…
Mon cœur bat à tout rompre, ce soir??? Mais je ne m’y suis pas dutout préparée! Mon dieu, vais-je en être capable?
Vers midi, on m’apporte mon déjeuner (pendant la diète, on doit rester dans son Tambo et les repas nous sont apportés), c’est une grande assiette avec du riz, des lentilles et une grosse tomate découpée en 4 morceaux. Je suis affamée, je remplis ma cuillère à la hâte, la porte à ma bouche et… Pouah! Devant mon regard stupéfait, Marta, la cuisinière me précise, un peu désolée:
- pendant votre diète, c’est régime sans sel ni aucun condiment, pour que la plante puisse bien travailler!
Je la regarde partir, en proie à une petite panique naissante, j’ai faim mais c’est immangeable, comment vais-je pouvoir tenir une semaine ici??? Je me force tout de même, déglutissant avec peine ce repas insipide et sec, et, me moquant de moi-même, je me dis que j’en ai vu d’autres, allez, courage, c’est pour la bonne cause!
Vers 17:00, après mon premier bain -revigorant- dans la rivière, je prends le verre et le remplis d’Ajo Sacha, j’ouvre la bouche en même temps que mes narines, ouhhhh quelle odeur fétide! Et hop, je bois d’un trait le breuvage, complètement dégoûtée par ce goût âpre qui me rappelle l’aïl cru! J’en ai un léger haut le cœur et je ricane alors en pensant à chaque matinée, où, à jeun, je devrais boire l’infecte boisson!
Il me reste deux heures avant la cérémonie, pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, l’Ayahuasca est une liane d’Amazonie, que l’on boit en cérémonie depuis la nuit des temps, et qui est réputée être la plus forte de toutes. Cette plante a de grandes vertus pour travailler sur soi, affronter ses peurs et ses blessures, parler avec son guide intérieur et avoir des visions. C’est une véritable médecine de l’âme qui a néanmoins des effets parfois psychédéliques, et qui est considérée en Europe comme un psychotrope, donc interdite, off course, bien qu’elle ne crée aucun symptôme de dépendance, ni ne laisse de traces dans l’organisme. Parfois comparée au LSD, la différence est qu’elle ne se prend pas en fête pour “une éclate entre amis”, mais plutôt comme un rituel, une purge, afin de se relier avec son subconscient et la nature, et grandir en conscience…

19:00: La cérémonie:
Vêtue très simplement, avec des habits clairs (cela fait partie du rituel), j’arrive à la maloka et fais rapidement connaissance avec les autres “patients” du centre, des jeunes gens comme moi, venus des quatre coins du monde, puis je choisis un matelas: tous sont posés par terre contre le mur, à un mètre d’espace environ les uns des autres, au total une dizaine sur toute la circonférence du cercle que forme la maloka. Un petit seau vide est placé à côté de chaque matelas me rappellant ainsi que le vomissement peut faire partie des joies de la soirée… Au milieu de la maloka se trouvent quelques grandes pierres toutes sûrement très symboliques et une simple bougie éclairant le lieu avec douceur. Une heure de calme et de méditation tranquille et silencieuse passe quand apparaît finallement W. le chamane, habillé tout en blanc. Il s’installe dans son siège qui me rappelle ces chaises africaines, en bois, simplement pliées comme un ciseau. Il nous souhaite la bienvenue et après une courte introduction nous annonce que nous allons commencer. Il allume une cigarette et tire quelques bouffées bruyantes pour, j’imagine, préparer la pièce contre les mauvais esprits. Il sort ensuite un petit verre en cuivre et verse le breuvage. Segundo, se lève, vient prendre le verre et le tend à la première personne se trouvant sur sa droite, celui-ci le boit en silence, et le lui rend. Segundo le rapporte à W. qui le remplit à nouveau, et ainsi de suite jusqu’à moi. Je prends le petit verre, respire un bon coup et bois ce sirop le plus vite possible, le goût est indescriptible, il faudra que vous l’essayez pour le connaître! Quand tout le monde a bu, quelques minutes de silence passent et Segundo se lève à nouveau pour aller souffler la bougie, nous voici donc complètement dans le noir, avec le bruit sonore de la nature en fond de toile. Personne ne parle, chacun est assis dans l’obscurité et une bonne demie-heure passe ainsi, le temps que l’effet de la plante monte. J’ai un peu peur et je tente de garder mon calme en me disant que tout va bien se passer, que ce sera un moment intense mais positif, j’en suis sûre…

imageIntérieur de la Maloka

Les bruits de la nature commencent à s’emplifier, ils prennent petit à petit une autre densité, ils s’aiguisent, lointains et proches à la fois, il résonnent à mes oreilles comme si chaque son était unique et entrait en connexion avec une partie secrète de ma personne… Une jeune femme en face de moi est la première à prendre son seau pour vomir, c’est repoussant, j’essaie de ne pas trop l’écouter, mais tout le reste n’est que silence… Quelques instants passent et… Ça y est… elle est là… je la sens… l’Ayahuasca prend la forme imaginaire d’une véritable présence qui me signifie qu’elle est arrivée, les effets ont commencé, aucun doute, je prends peur car elle semble alors si puissante… Dans l’obscurité, je commence à voir des images extraordinaires, des milliers de couleurs parfaites tournent comme une vague s’abattant régulièrement sur moi, je vois des centaines de trapèzes colorés, des milliers de quadrilatères aux couleurs psychédéliques qui montent et descendent, m’entourent, me pénètrent, tout est d’une fluidité entraînante, ça tourne et je me demande avec impatience… que fait le chamane? Comme un signal invisible, il prend alors sa calebasse et commence à la secouer, ça y est, il commence le travail. Je me rassure en le sachant là, proche de nous dans l’invisible, assis, il commence à chanter, on appelle ces chants des ” Icaros”, car les paroles sont dédiées à la plante et à son effet sur nous. À peine a- t’il commencé qu’une envie irrépressible de vomir m’envahit tout d’à coup, je prends mon petit seau et la “purge” est rapidement faite. La tête me tourne sacrément, je sens mes mains qui tremblent un peu, mélange de peur et d’état drogué… Les images changent, évoluent, un long moment je vois des tigres et des lions évoluant avec grâce, un peu plus tard je suis soudainement dans une chambre d’enfant magnifique, la chambre idéale de barbie et de la belle au bois dormant avec un lit en baldaquin rutilant, des jointures en laiton qui brillent, tout scintille, c’est féerique… La chanson prend fin, le chamane émet quelques bruits faisant partie du rituel pour clore la chanson, et… de nouveau, le silence, immense, terrifiant, retombe sur la pièce. Je tente de maîtriser ma peur panique face à ce vide en quatre dimensions qui monte et paraît m’absorber toute entière, happer mon être, entrer au plus profond de mes entrailles. Les sons de la nature me dérangent profondément à présent, chacun raisonnant bizarrement, et titillant par là quelques points inconnus de mon cerveau. En même temps, ce que je vois est juste sublime, tant de couleurs, de dessins parfaits, et d’une harmonie surnaturelle qui virevoltent dans un mouvement incessant et enivrant. Une personne à ma gauche se met à pleurer très fort, comme une libération qui viendrait de si loin, cela me ramène à la réalité, je compatis immédiatement avec cette fille, j’aimerais la prendre dans mes bras, la consoler… Mais cela fait partie, pour certains, du travail… Après une dizaine de minutes interminables, une autre chanson commence enfin, chaque parole me donne l’impression qu’elle est prononcée pour moi, pour me guider… Dans cette obscurité, W. nous perçoit et nous accompagne dans notre travail, il sent nos peurs et parle à l’Ayahuasca, lui demande de nous guérir, de nous aider… Au milieu de ces images en caleidoscope, toujours aussi nombreuses et impressionnantes, je vois soudain un animal, mi-dragon mi-serpent, magnifique, majestueux, il ondule devant moi, je n’ai plus peur, je suis fascinée, hypnotisée… Le lendemain j’apprendrais que le serpent est le symbole de l’Ayahuasca, beaucoup le voient, dans leurs visions… Et soudain une voix féminine en moi me dit des choses, très personnelles, que je garderais pour moi, mais qui me rassurent et me bouleversent en même temps. J’écoute et vois en même temps des figures symboliques comme pour appuyer en image le petit discours, puis je tente de me repositionner sur mon matelas, ouh… Ça tangue sec! Ma peur panique remonte alors, oh comme j’aimerais que l’effet s’arrête… Je déteste l’idée que je vais devoir subir cet état pendant plusieurs heures, oubliant qu’en fait il baisse progressivement, ne laissant, au bout d’une petite heure, qu’un drôle de vertige tout à fait supportable.
N’en tenant plus, je prends mon courage à deux mains et décide de me lever pour aller aux WC, bien réels cette fois, se trouvant à une quinzaine de mètres de la maloka. Ça tourne, je me concentre pour ne pas me cogner, ne pas tomber, et j’arrive finalement là-bas, soulagée de ne pas m’être écroulée en chemin… Les toilettes sont éclairées et pendant que je gigote pour m’installer, je vois comme un petit serpentin qui suit absolument tous les mouvements de mes mains, c’est comme si un fil imaginaire, une petite traînée, était accroché au bout de mes doigts et suivait chacun de mes gestes… Cela m’amuse beaucoup, et j’apprendrais par la suite que c’est un effet d’optique, lié au fait que le cerveau met un temps à apporter l’information visuelle sur la décomposition de nos mouvements… Avec un peu d’appréhension, je décide de retourner m’assoir à la maloka et affronter la suite de la cérémonie, au mieux. Quelques heures passent ainsi, entre chanson et silence, ce dernier étant de moins en moins pesant: l’effet foudroyant du début est passé, une redescente douce et tranquile se fait, avec son lot de visions, de réflexions, d’instants de créativités pour certains, de grosses larmes pour d’autres… Vers la fin de la soirée, W. le chamane se lève alors, il a allumé une cigarette 100% tabac pur d’Amazonie, considéré comme une médecine et non une drogue, et vient voir chacun d’entre nous, soufflant la fumée autour de nous, sur notre crâne, dans nos mains, cela fait partie du rituel de fin… Je suis épuisée, vidée, et affamée! W. finit par nous souhaiter bonne nuit et quitte les lieux. Petit à petit le silence se rompt, très lentement, quelques personnes se rapprochent pour commenter la cérémonie… Certains n’ont rien vu mais ont juste entendu des sons extraordinaires, d’autres semblent vivre une mort fictive pour renaître ensuite, d’autres encore ne décollent pas du tout… Chacun a vécu des choses différentes, ce que je raconte est ma propre expérience, unique et strictement personnelle, j’ai longuement hésité à la partager dans ce blog, et j’ai finalement fait le choix de vous la raconter…

Le reste de la semaine me prouve comme à chaque fois à quel point l’être humain est capable de s’adapter à tous les environnements: petit à petit j’ai eu l’impression de m’expanser, de ne faire qu’un avec la mère nature, si vivante, si souveraine… Ce fut une semaine lumineuse, un beau voyage intérieur, initiatique, et une relation à l’autre (les patients, les intendants), enrichissante, sans faux semblants, sans masques. Je ressors du centre avec l’impression d’avoir vécu un retour aux sources purificateur, d’avoir renforcé ce lien entre mon être et le cosmos, le grand tout, et la nature, bien sûre…

imageLa Maloka

imageSegundo l’adorable intendant

imageCuisine rustique!

17 comments

  1. Bonjour Benedicte,
    Je tombe sur ton blog, merci de m’avoir fait voyager à travers ton récit… J’ai moi aussi l’envie d’effectuer un séjour spirituel en Amazonie et expérimenter l’Ayahuasca. Pourrais-tu me donner les contacts, informations pratiques, à ce sujet ? Je suis très intéressée.
    A bientôt !

  2. Bonjour Bénédicte, merci pour ce témoignage fascinant de votre expérience. Je souhaite aussi faire l’expérience cette plante et c’est providentiel de vous rencontrer grâce à votre blog. Pourriez vous me donner les renseignements sur l’endroit ou vous avez fait cette cérémonie de l’ayahuasca, L’endroit , les contacts (tel. ou mail), les dates si nécessaire ainsi que le nom du shaman ?
    Je vous en remercie d’avance et encore merci pour votre témoignage.

    Gérard

  3. Bonsoir Bénédicte

    Tout d’abord un grand merci pour cet article qui se veut rassurant mais qui m’a surtout déjà fait un petit peu voyager. Je viens tout juste de booker un vol pour les mois de novembre et décembre sur un coup de tête… ressentant le réel besoin de partir au Pérou.
    J’aimerai évidement me rapprocher de mère nature, et du coup connaître l’endroit avec pourquoi pas le contact du centre ou tu as fais ton expérience.

    Un grand merci et à bientôt j espère.

  4. Bonsoir Bénédicte,
    Je trouve ton récit extrêmement bien détaillé, j’ai presque eu l’impression de vivre l’expérience avec toi.. Et c’est d’autant plus “parlant” avec les photos que tu y a joins.
    Je souhaiterai connaitre le lieu exact. Et si possible, peux tu me donner les contacts sur place?
    merci
    Siham

  5. Merci pour ton témoignage. J’aimerai beaucoup avoir plus de renseignements : comment rentrer en contact avec eux, le prix approximatif, etc. Je cherche un endroit sérieux ou je pourrais faire mon expérience. Merci d’avance. Bonne continuation.

  6. Merci pour ton témoignage.
    J’ai vécu la même expérience que toi en equateur.
    Si tu veux en parler contact moi
    Ayahuascament

    • Bonjour ! Pourriez vous me donner les renseignement sur l’endroit ou vous avez fait une cérémonie ayahusca svp. ( lieu, prix, le shaman …)

  7. merci pour ton témoignage.Je découvre ce rituel et ta description est extraordinaire.Heureuse qu’elle te fut bénéfique;Bonne continuation a toi :-)

    • Merci Audrey, je suis contente que tu ais apprécié mon post :-). Ce fut un expérience très forte en effet…

      • Bonjour Bénédicte,

        J’ai fait trois retraites super au Pérou, mais cette année je souhaite travailler avec un autre chaman. Peux tu m’indiquer où et avec qui tu as fait ta retraite?

        Merci

  8. Super Benedicte… c’est fabuleux ce que tu fait!!

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